Répression chinoise au Tibet: passé, présent et futur

Le Parti communiste chinois a décidé de « normaliser » ses violations des droits de l’homme au Tibet.

Sang Jieja, Espagne, 20 mars 2017

source : La Croix International

Il y a 58 ans, le 10 mars, une grande protestation a éclaté à Lhassa pour lutter contre le gouvernement communiste chinois. Elle a finalement conduit le chef spirituel et politique du Tibet, le Dalai Lama, des officiels du gouvernement et des milliers de Tibétains à fuir vers les pays voisins : l’Inde, le Népal, le Bhoutan, et d’autres pays.

Le 10 mars cette année, les Tibétains en exil de par le monde ont conduit différentes actions pour marquer cet anniversaire. Ils ont appelé le gouvernement chinois à améliorer sa politique au Tibet et à résoudre la question tibétaine.
Sous le règne chinois, les droits humains fondamentaux des Tibétains ont été bafoués. Les graves atteintes portées à l’environnement naturel du Tibet ont ensuite menacé leur survie.

Du point de vue de la politique chinoise au Tibet, ou peut-être pourrait-on dire, sous la coupe du Président Xi Jinping, il n’y a aucun espoir d’amélioration à court terme. L’avenir du Tibet est extrêmement préoccupant.
En raison du contrôle strict de la Chine sur la liberté d’expression et de la grave répression subie par les sources d’information au Tibet, il est devenu de plus en plus difficile d’obtenir des informations de l’intérieur. Ainsi, le Tibet semble très calme vu de l’extérieur.

La propagande chinoise trompe le monde en créant l’illusion que « le Tibet en est au meilleur moment de son histoire ». Mais la vérité ne peut plus être dissimulée éternellement.
La situation actuelle du Tibet

Le dernier rapport annuel publié par le TCHRD (Tibetan Center for Human Rights and Democracy) décrit le Tibet comme une « prison géante à ciel ouvert ». Selon un rapport de Freedom House, la situation des droits de l’homme au Tibet se place entre celle de la Syrie et de la Corée du Nord.

Dans « la situation des droits de l’homme dans le monde », publié par Amnesty International, la Chine (dont le Tibet) et la Syrie sont les deux pays où la situation est la plus préoccupante.
Au cours de la 34ème réunion du Conseil des Nations Unies pour les droits de l’homme, la haut commissaire Zeid bin Ra’ad al-Hussein a exprimé sa préoccupation pour les problèmes auxquels le Tibet fait actuellement face.
A la veille de la réunion du Conseil, six experts des Nations Unies ont publié une déclaration conjointe pointant une série de violations des droits de l’homme au Tibet. En particulier, la situation de l’université bouddhique de Larung Gar dans le comté de Sertar, et du monastère de Yarchen Gar.

Le gouvernement chinois ne viole pas seulement les croyances religieuses de ceux qui suivent le Dalai Lama et d’autres chefs religieux étrangers. Il viole aussi les droits à la liberté de religion des nombreux Tibétains qui n’acceptent pas le soi-disant Panchen Gyaincain Norbu, choisi par le gouvernement pour être le Panchen Lama du bouddhisme tibétain.
Le gouvernement oblige les fidèles à assister à ses cultes, espérant qu’ils le reconnaîtraient. Le gouvernement local s’exprime également de façon explicite via des règlementations interdisant la propagation du bouddhisme tibétain en Chine.
Agissant conformément à l’avis de « normaliser et assainir l’université bouddhique de Larung Gar dans le comté de Sertar », le gouvernement de la préfecture de Ganzi a expulsé 20 000 étudiants qui s’étaient rassemblés dans cette plus grande université bouddhique dans le monde.

Ils étaient venus de la Chine continentale, de Hong Kong, de Malaisie, de Mongolie, de Singapour, de Corée du sud, de Taiwan, de Thaïlande, des Etats-Unis et de pays européens, ainsi que de tout le Tibet.
Le gouvernement a aussi énergiquement démoli les cabanes des moines, autorisant seulement 5 étudiants à y rester. Il a interféré dans les inscriptions et la gestion de l’université. La même politique a été mise en œuvre au monastère de Yarchen Gar qui comptait près de 10 000 étudiants.

Le rapport annule du TCHRD a révélé que quatre Tibétains ont protesté contre le gouvernement chinois en s’immolant en 2016, et que huit autres sont descendus dans la rue pour manifester seuls. Il dit également que 36 Tibétains auraient été arrêtés arbitrairement pour des motifs politiques, soit une moyenne de trois par mois.

« Avec l’extension du programme de surveillance massive, la liberté d’opinion et d’expression subissent de nouvelles restrictions obligeant les Tibétains à avoir recours à une auto-censure sans précédent » dit le rapport.
Quand les Tibétains ont exprimé leur point de vue pacifiquement et ont critiqué la politique répressive, ils ont été arrêtés de manière arbitraire sur accusation de « séparatisme » et « divulgation de secrets d’Etat ». Beaucoup ont subi la torture ou la disparition forcée.

Afin de surveiller les Tibétains plus efficacement, 22 000 officiers ont été affectés dans les 5400 villages, comités de voisinage et dans tous les monastères de la Région autonome du Tibet pour la seule année 2016.
Le gouvernement a aussi arrêté les Tibétains qui postaient des messages contre sa politique sur le réseau social Wechat. Plus de dix personnes ont été condamnées à des peines de prison d’un à treize ans. La définition légale du « Secret d’Etat », ou termes assimilés, par les autorités chinoises est large et imprécise.

Malgré cela, les autorités chinoises les utilisent systématiquement pour réprimer les opinions opposées et même l’expression pacifique du partage d’information sur la question tibétaine.
Le gouvernement chinois bafoue et viole d’autres droits civils et politiques des Tibétains. Le système criminel n’est pas équitable et les abus sont monnaie courante. L’Etat emploie les arrestations et la détention arbitraire, et la torture. Les Tibétains se voient privés du droit de réunion pacifique et de liberté de mouvement dans leur propre pays. Ils souffrent entre autres de discrimination pour les voyages et de restrictions migratoires.

L’avenir du Tibet
L’avenir du Tibet doit être examiné sous deux aspects. D’abord, la façon dont le gouvernement chinois améliorera sa politique au Tibet et éliminera les tensions à l’intérieur du pays. Ensuite, comment il résoudra entièrement la question tibétaine, ce qui a été repoussé depuis plus de six décennies.

Ces deux aspects sont liés. Améliorer la politique au Tibet en accordant aux Tibétains plus de libertés aiderait à résoudre la question du Tibet et supprimerait mes tensions. Cependant, sous l’actuelle administration Xi, il n’y a aucun signe d’amélioration de l’un ou l’autre de ces deux points.

Cela s’explique, en premier lieu, par la dictature collective du Parti communiste qui a décidé de « normaliser » sa violation des droits de l’homme. L’amélioration des droits de l’homme au Tibet est hors de question. Deuxièmement, la politique du gouvernement au Tibet est de détruire sa culture et finalement d’éliminer la race.

Le gouvernement chinois adopte en fait une « stratégie de retard » sur la question tibétaine. Il attend la mort du Dalai Lama, pensant que les problèmes disparaitront naturellement avec lui. Par conséquent, le gouvernement chinois maintiendra sa ligne politique dure au Tibet, qui conduira à différentes formes de résistance de la part des Tibétains. En retour, la Chine utilisera une variété de charges sans fondement pour justifier toute répression, encourageant ainsi plus de protestations.
L’auteur

Sang Jieja est un écrivain tibétain, commentateur et ancien porte-parole du gouvernement tibétain en exil. Il étudie actuellement en Espagne.