Les autorités chinoises utilisent le tourisme pour écraser le bouddhisme tibétaine (ICT)

Les autorités chinoises utilisent le tourisme pour écraser le bouddhisme tibétaine (ICT)

Source : Tibet Post International

Jeudi 16 mars 2017 – Molly Lortie

Dharamshala — Un nouveau rapport d’ International Campaign for Tibet détaille comment « les démolitions et les expulsions à Larung Gar et Yachen Gar ces 6 derniers mois font partie d’une stratégie politique impliquant des mesures plus agressives afin de juguler et gérer l’influence grandissante et le nombre de moines et de nonnes », tout en « utilisant simultanément ce grand intérêt pour le bouddhisme tibétain pour attirer des touristes de l’intérieur du pays ».

Le rapport paru le 13 mars, intitulé « Ombre de poussière devant le soleil », est alimenté exclusivement par des sources de première main et des témoins visuels, et tandis que les rapports originaux des autorités chinoises indiquaient que les destructions de l’institution religieuse étaient motivée par la surpopulation et par des considérations d’espace, le nouveau rapport d’ICT suggère tout autre chose.

Larung Gar et Yachen Gar ont atteint une large popularité depuis leur création au milieu des années 80, à la fois chez les Tibétains et chez les Chinois en tant que centres apolitiques dédiés à l’éducation monastique, à l’apprentissage scolaire et à l’éthique bouddhiste. Des enregistrements vidéo de nonnes pleurant au moment de leur expulsion dans des convois de bus, alors que leurs cabanes de bois étaient démolies, a attiré l’attention du monde sur l’étendue de la répression envers le célèbre institut bouddhiste de Larung Gar au Tibet oriental.

D’après le rapport d’ICT, « des informations de la région suggèrent que les immeubles en construction font probablement partie d’un mouvement visant à développer de nouvelles maisons d’hôtes ou logements pour des visiteurs temporaires plutôt que pour des résidents monastiques, dans un plan officiel plus large destiné à redessiner et développer la région. Selon plusieurs sources tibétaines, les attractions touristiques devraient comprendre des restaurants tibétains, des magasins de souvenirs, des centres équestres, des randonnées et des visites organisées au désormais mondialement célèbre Larung Gar. »
« De grands travaux de construction dans la vallée au pied de Larung Gar pour construire un nouveau village touristique et d’autres installations ont révélé que le tourisme est maintenant utilisé comme outil par les autorités chinoises pour confronter le réveil des tendances de la religion et de l’expression de la culture tibétaines, et contenir la croissance monastique.

La sécurité et la surveillance renforcées à la fois à Larung Gar et à Yachen Gar ainsi que dans les municipalités, dont de nouveaux postes de police mobiles et l’augmentation de la présence militaire dans les zones urbaines alentours, est conforme aux mesures plus systématiques et intrusives à travers le Tibet oriental depuis la vague d’immolations qui a débuté à Ngaba, au Sichuan, en 2009.

Des programmes officiels pour l’urbanisation et le tourisme se sont concentrés sur la présentation d’une version officielle de la religion et de la culture tibétaine, et sur un « joyeux Kardze », insistant sur les éléments non religieux de la culture tibétaine, en phase avec des stratégies à plus long terme visant à contenir la contestation, gérer les activités religieuses et assurer la contrôle du Parti sur la préfecture. »

Un homme éduqué de la région de Serthar a dit que le tourisme est utilisé au Tibet pour seconder les efforts officiels de restriction de la liberté religieuse : « Le Tibet devient une immense destination touristique. Les activités religieuses seront de plus en plus minimisées et contenues dans les monastères. Ceux-ci seront limités sur le plan de la démographie et des logements. C’est le principal objectif du gouvernement chinois en ce qui concerne le bouddhisme, et nous, les Tibétains, n’avons aucun pouvoir pour influer sur l’un de ces plans. »

Fait rare, 6 experts de l’ONU ont dit publiquement le mois dernier avoir adressé une soumission commune à la République populaire de Chine, déclarant que ce qui se passe dans les instituts bouddhistes est une violation des lois internationales sur les droits de l’homme et « ressemble à des attaques concertées de l’héritage culturel tangible et intangible, ce qui constitue des violations graves des droits culturels des générations actuelles et futures. »

Matteo Mecacci, président d’International Campaign for Tibet, a dit que « les nouvelles preuves présentées dans ce rapport remettent en question le fondement de la démolition des maisons et l’expulsion des nonnes et des moines, qui ont provoqué une telle détresse. Les autorités chinoises ne peuvent prétendre qu’il y a une surpopulation et pas assez de place pour de véritables pratiquants religieux, étant donné l’étendue de la zone de construction dans cette vallée isolée. La déclaration des Nations Unies est un signal d’alarme sur la destruction contre-productive des maisons et l’expulsion des moines et des nonnes qui ont étudié paisiblement dans ces instituts religieux renommés, et qui sont si précieux pour les Chinois comme pour les Tibétains. »