Le dalaï-lama : « Je n’ai rien à dire aux officiels. Je préfère parler du bonheur »

Le dalaï-lama, qui vit dans le nord de l’Inde, se rend en visite en France du 12 au 18 septembre. Il y donnera une série de conférences, à Paris et Strasbourg, mais ne sera reçu ni par François Hollande ni par son gouvernement. Dans un entretien au Monde, il assure ne pas s’en émouvoir : « Où que j’aille, je ne souhaite pas créer de malaise pour les dirigeants. Donc pas de souci. En fait, le but de mes visites n’est pas de rencontrer des responsables politiques mais le public, les gens. Je n’ai rien à dire aux officiels. Je préfère parler du bonheur. » Solidaire avec la France Le chef spirituel tibétain se dit très attristé par la vague d’attentats qui a endeuillé l’Hexagone et appelle à s’interroger sur les causes de ces violences : « Qu’est-ce qui ne va pas ? », s’interroge le Prix Nobel de la paix de 1989, qui dit croire avant tout en l’éducation et lance à destination de nos sociétés : « Aussi importante que soit votre perte, elle ne doit pas vous conduire à oublier vos principes. » Sans grande illusion sur la Chine Lui qui, au milieu des années 1950, avait rencontré Xi Zhongxun, le père de l’actuel président chinois, Xi Jinping, et lui avait même offert une montre, attendait davantage de son fils. « Il est possible aussi qu’il soit entouré de partisans de la ligne dure, qu’ils aient une influence négative », suggère le dalaï-lama, qui espère une inflexion de Pékin et rappelle : « Nous ne cherchons pas l’indépendance, nous demandons tous les droits qui sont inscrits dans la Constitution chinoise. » Il porte un regard sévère sur la Chine d’aujourd’hui, même s’il pense également que la période la plus sombre appartient au passé. « Un pays de plus d’un milliard de personnes, rongé par la corruption et les écarts de richesses, sans Etat de droit, c’est très triste », estime-t-il. « Il y a aujourd’hui la possibilité d’un avenir meilleur », veut-il croire. Succession délicate A 81 ans et en exil, le dalaï-lama sait que la question de sa future réincarnation sera des plus sensibles, car Pékin pourrait être tenté de désigner son successeur. Il annonce qu’une assemblée de hauts responsables du bouddhisme tibétain pourrait apporter des précisions sur le sujet d’ici un ou deux ans. S’il juge que l’institution du dalaï-lama « n’est pas importante », il constate également qu’au cours de la difficile période que traversent les Tibétains, elle « leur apporte un appui pour garder espoir ». En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/international/article/2016/09/10/le-dalai-lama-je-n-ai-rien-a-dire-aux-officiels-je-prefere-parler-du-bonheur

Publié LE MONDE | 10.09.2016

Dans un entretien au « Monde », le chef spirituel des Tibétains rappelle la France à ses principes humanistes et démocratiques, en dépit de la vague d’attaques terroristes.

 

Le dalaï-lama, qui vit dans le nord de l’Inde, se rend en visite en France du 12 au 18 septembre. Il y donnera une série de conférences, à Paris et Strasbourg, mais ne sera reçu ni par François Hollande ni par son gouvernement. Dans un entretien au Monde, il assure ne pas s’en émouvoir :

« Où que j’aille, je ne souhaite pas créer de malaise pour les dirigeants. Donc pas de souci. En fait, le but de mes visites n’est pas de rencontrer des responsables politiques mais le public, les gens. Je n’ai rien à dire aux officiels. Je préfère parler du bonheur. »

Solidaire avec la France

Le chef spirituel tibétain se dit très attristé par la vague d’attentats qui a endeuillé l’Hexagone et appelle à s’interroger sur les causes de ces violences : « Qu’est-ce qui ne va pas ? », s’interroge le Prix Nobel de la paix de 1989, qui dit croire avant tout en l’éducation et lance à destination de nos sociétés : « Aussi importante que soit votre perte, elle ne doit pas vous conduire à oublier vos principes. »

Sans grande illusion sur la Chine

Lui qui, au milieu des années 1950, avait rencontré Xi Zhongxun, le père de l’actuel président chinois, Xi Jinping, et lui avait même offert une montre, attendait davantage de son fils. « Il est possible aussi qu’il soit entouré de partisans de la ligne dure, qu’ils aient une influence négative », suggère le dalaï-lama, qui espère une inflexion de Pékin et rappelle : « Nous ne cherchons pas l’indépendance, nous demandons tous les droits qui sont inscrits dans la Constitution chinoise. »

Il porte un regard sévère sur la Chine d’aujourd’hui, même s’il pense également que la période la plus sombre appartient au passé. « Un pays de plus d’un milliard de personnes, rongé par la corruption et les écarts de richesses, sans Etat de droit, c’est très triste », estime-t-il. « Il y a aujourd’hui la possibilité d’un avenir meilleur », veut-il croire.

Succession délicate

A 81 ans et en exil, le dalaï-lama sait que la question de sa future réincarnation sera des plus sensibles, car Pékin pourrait être tenté de désigner son successeur. Il annonce qu’une assemblée de hauts responsables du bouddhisme tibétain pourrait apporter des précisions sur le sujet d’ici un ou deux ans. S’il juge que l’institution du dalaï-lama « n’est pas importante », il constate également qu’au cours de la difficile période que traversent les Tibétains, elle « leur apporte un appui pour garder espoir ».