Le dalaï-lama bien entouré à Paris, mais sans honneurs officiels

Le dalaï-lama bien entouré à Paris, mais sans honneurs officielsPublié le 13 septembre 2016

www.liberation.com / Par Bernadette Sauvaget

En visite en France, le leader spirituel tibétain multiplie les interventions publiques. Mardi, il s’est exprimé devant une assemblée d’avocats et la communauté tibétaine exilée en France.

La République sait être généreuse. Pour ne pas froisser Pékin, le chef de l’Etat, François Hollande, n’a certes pas ouvert sa porte au dalaï-lama, en visite cette semaine à Paris et à Strasbourg. Mais les autorités françaises ont quand même fourni les policiers pour protéger «Sa sainteté» et l’escorte de motards pour permettre au leader tibétain de griller les feux rouges dans les artères de la capitale. Mardi en milieu d’après-midi, son cortège officiel traverse Paris à toute allure. Au Palais des Congrès, il a rendez-vous avec 3 000 Tibétains, une sorte de méga réunion de familles qui clôt la première journée de son voyage en France. Sur l’estrade, assis sur un trône en bois, le dalaï-lama a l’air un peu gêné. Une chorale d’enfants lui souhaite la bienvenue en interprétant des chants tibétains.

Dans l’assistance, très sage, Tenzin, une petite fille de cinq ans, agite une khata blanche, l’écharpe traditionnelle tibétaine. «On a une photo du dalaï-lama à la maison», raconte-t-elle. «Pour nous, c’est un peu comme un dieu», confie sa mère qui ne veut pas donner son nom car elle a encore de la famille au Tibet. Réfugiée en France depuis sept ans, elle ne regrette pas que le leader tibétain ne prenne pas plus fortement position politiquement. «C’est pour nous parler de spiritualité qu’il est là», dit-elle.
De l’eau au Sahara

Tout au long de la journée, face à la presse et devant les avocats de Paris qui l’ont invité pour parler environnement, le dalaï-lama a martelé le même message : «Mes visites ne sont pas politiques.» Et il ne regrette pas de ne pas être reçu par Hollande. «J’ai abandonné toutes ces fonctions-là. Mon combat, c’est de défendre la culture et la langue tibétaine.» Son «vieil ami» Robert Badinter, qui l’accompagne à la Maison des avocats, acquiesce. «C’est un véritable génocide culturel qui a lieu en ce moment au Tibet», affirme l’ancien ministre de la Justice. Au milieu des avocats, un journaliste se fait huer par l’assistance quand il interpelle, à nouveau, le leader tibétain sur le fait de ne pas être reçu officiellement par les autorités françaises.

Pourtant, le dalaï-lama continue bel et bien de faire peur à Pékin. Son voyage a fait l’objet d’importantes pressions. Selon son entourage, les autorités chinoises ont contraint Sciences-Po à Paris à annuler une conférence. Les avocats ont aussi été sous pression. Mais n’ont pas cédé. De l’humour, encore de l’humour, c’est l’arme favorite du dalaï-lama, qui n’arrête pas les facéties. Le maître mot : ne rien envenimer. Il sourit. Toujours. Aux journalistes, il confie dormir neuf heures par nuit mais se lever quand même à deux heures du matin pour méditer. Diplomatiquement, il affirme que «le président chinois souhaite faire des réformes mais qu’il fait face à des résistances». Il plaide aussi pour une plus grande liberté de la presse en Chine. Aux avocats qui l’interrogent très doctement sur le droit à l’environnement, Tenzin Gyatso confie plutôt son rêve de voir transformer le Sahara en zone habitable grâce à l’énergie solaire et à la désalinisation de l’eau.
Marion Cotillard et Emmanuel Macron

Amaigri et affaibli, le dalaï-lama, atteint d’un cancer, a besoin d’aide pour marcher. Cool, il ne s’inquiète pourtant pas de l’avenir. «Dès 1969, j’ai dit que c’était aux Tibétains de décider démocratiquement de l’avenir de l’institution du dalaï-lama. Si je suis le dernier, je me réjouis à l’idée que c’était un dalaï-lama très populaire.» C’est le cas effectivement. On se précipite toujours auprès de lui. On a aperçu Marion Cotillard dans les couloirs de son hôtel. Line Renaud est venue l’écouter au premier rang chez les avocats. Emmanuel Macron a obtenu quelques minutes d’entretien. «C’est une bonne personne», a commenté le dalaï-lama à un journaliste, avouant quand même peu connaître l’ancien ministre.

De Paris à Strasbourg, le dalaï-lama va continuer jusqu’à dimanche à développer deux ou trois idées qu’il reprend en boucle. «Les religions ont le même fondement, l’amour, dit-il. S’il en existe plusieurs, c’est pour répondre à la diversité des cultures.» L’année dernière, ses propos sur les réfugiés ont fait scandale en Allemagne. A Paris, il a précisé un peu sa position. «Il faut que l’Europe reste européenne et le monde arabe, arabe. Mais là, il y a une urgence. Les réfugiés doivent être accueillis. Mais transitoirement. Il faut les former pour qu’après ils retournent reconstruire leur pays.» Chacun chez soi, donc… A Rome, le pape François s’est montré plus charitable.