Diplomatie économique France-Chine : trop c’est trop !

Diplomatie économique France-Chine : trop c’est trop !

Diplomatie économique France-Chine : trop c’est trop !

Publié Lundi 4 août 2014, / Le Nouvel Observateur

Publié le 4 -08-2014

Par André Gattolin et Noël Mamère , Sénateur et Député écologistes
Depuis un an, nos dirigeants déroulent le tapis rouge à la République populaire de Chine, au point de flirter avec les limites de l’indécence politique.

Les rencontres officielles se multiplient jusqu’à conduire notre ministre des affaires étrangères à s’éclipser discrètement en février dernier au plus fort de la crise ukrainienne, pour aller honorer un rendez-vous pris à Pékin !

Notre diplomatie toute entière étant mise au service du renflouement de notre déficit du commerce extérieur, la Chine est devenue l’objectif numéro un du Quai d’Orsay… Pour des résultats qui restent pourtant sujets à caution.
Lors de la venue récente du président Xi Jinping à Paris, on a mis les petits plats dans les grands et vanté les contrats commerciaux signés avec l’Empire du Milieu. Le chiffre de dix-huit milliards d’euros fut alors lâché en pâture à la presse, en omettant de signaler qu’il ne s’agissait pour l’essentiel que de la confirmation partielle de contrats déjà signés et annoncés.

En réalité, ces accords reposent en grande part sur l’aéronautique et le nucléaire civil, deux domaines où la Chine s’apprête à développer massivement ses propres filières.

Nous aurons d’ici peu un concurrent chinois d’Airbus pour les moyens et longs courriers : de quoi faire réfléchir quant à l’intérêt pour la France de tels partenariats ! Concernant l’annonce d’un possible contrat de mille hélicoptères Airbus sur les vingt ans à venir, celle-ci laisse plus que perplexe les spécialistes vu la capacité de Pékin à renégocier ou à remettre en cause un accord au bout de quelques mois. Comment « vendre français en Chine »

La volonté du gouvernement de « vendre français en Chine » peut évidemment se comprendre : nous importons depuis ce pays près de trois fois plus que nous exportons vers lui. Reste que la manière d’y parvenir est d’importance et qu’en l’occurrence elle pêche par au moins deux aspects.

D’abord, parce qu’elle semble contradictoire avec certaines de nos stratégies industrielles de moyen et long terme. Ensuite et surtout, parce qu’il ne faudrait pas nous asseoir sur nos valeurs politiques et principes démocratiques au nom de cette realpolitik économique ; dérive hélas aujourd’hui bien réelle !

En se rendant à Paris et dans d’autres capitales européennes en mars dernier, le nouveau président chinois avait, bien loin des contrats annoncés, d’autres objectifs pour le moins singuliers.

Il est, premièrement, venu plaider en faveur de l’ouverture rapide de négociations pour un traité de libre-échange entre l’Union européenne et la Chine, un peu sur le modèle de celui qui fait actuellement l’objet de discussions sulfureuses entre l’Europe et les Etats-Unis. On imagine déjà ce qu’un tel traité pourrait avoir comme conséquences en Europe en matière d’emploi !

Xi Jinping est également venu chez nous pour réclamer les mêmes clauses de partenariat privilégié que celles dont jouit à présent le Japon. Inquiet de la montée en puissance de Pékin et de ses revendications de plus en plus appuyées en Mer de Chine, le très nationaliste Premier Ministre japonais, Shinzo Abe, a fait voter l’an passé l’élargissement à la France, à l’Allemagne et au Royaume-Uni du partenariat stratégique qui jusque-là liait exclusivement son pays et les Etats-Unis en matière de coopération technologique à des fins de défense.

Ce qui est déjà problématique avec un état démocratique devient franchement impossible avec un régime autoritaire… Pourtant en l’état des discussions entre la France et la Chine, il paraît bien peu probable de rééquilibrer sérieusement nos échanges commerciaux sans céder sur au moins l’un des deux pré-requis énoncés précédemment. Des limites à ne pas franchir
Là où nos grandes entreprises et nos responsables du commerce extérieur semblent tentés d’être conciliants face à ces exigences, nos experts stratégiques disent heureusement qu’il existe encore des limites à ne pas franchir.
Espérant accéder rapidement au rang de première puissance mondiale la Chine entend ne jamais voir la nature autoritaire de son pouvoir discutée dans les instances internationales et dans les relations bilatérales qu’elle développe avec certains États occidentaux.

Le Parti communiste chinois, aujourd’hui largement délégitimé sur le plan politique auprès de sa population, ne trouve plus grâce à ses yeux qu’à travers sa capacité à générer un taux très élevé de croissance économique. Mais cet impressionnant rythme de développement n’est pas éternel et il s’opère au prix d’une coercition sans cesse plus intense.
Pour garder un semblant de cohésion à cet immense empire, les dirigeants chinois sont à présent tentés de jouer sur la fibre nationaliste en faisant le bras de fer avec leurs voisins asiatiques et en usant du rapport de force permanent avec leurs partenaires occidentaux.

La Chine siège désormais dans presque toutes les grandes instances internationales, y compris au sein du Conseil des droits de l’Homme des Nations Unies où elle n’a pas manqué en mars dernier de manifester son refus de voir discuter un accablant rapport sur sa politique intérieure ultra-répressive.
Le message est clair : si la France veut améliorer sa balance commerciale avec la Chine, elle doit – a minima – taire toute critique politique à l’endroit de celle-ci ! Interdit de parler des Tibétains, des Ouïgours…

Interdit donc de s’exprimer publiquement sur la situation des Tibétains, des Ouïgours, des Mongols ou des démocrates chinois. Interdit aussi de recevoir le Dalaï Lama en visite officielle.
En la matière, notons que François Hollande est un élève bien plus docile que Nicolas Sarkozy, lequel avait osé rencontrer – certes à l’étranger – le Prix Nobel de la Paix 1989 lorsqu’il était président !

Pire, le gouvernement actuel a l’an passé fait ratifier par le Sénat un très inquiétant traité d’extradition entre la Chine et notre pays, signé en 2007 par Jacques Chirac, et qui avait longtemps été mis au placard tant il était vilipendé par les défenseurs des droits de l’Homme.

Très récemment et dans le but officiel d’accroître le nombre de touristes chinois à Paris, le gouvernement français s’est ouvert à l’idée d’autoriser des policiers chinois à accompagner chez nous leurs ressortissants afin officiellement de les protéger dans la très dangereuse capitale des Gaules.

Ceci est proprement incroyable. Ce qui jusque-là n’était possible que pour quelques Etats de l’Union européenne signataire de la convention de Prüm, risque d’être accordé à un pays dont le régime autoritaire est indéniable ! Une élégante manière de permettre à la police chinoise de se livrer au contrôle des opposants qui résident sur notre territoire…
Et si, devant la levée de bouclier provoquée, les ministres des affaires étrangères et de l’intérieur ont finalement fait marche arrière, ce sinistre projet semble toujours à l’étude pour les années à venir. « Nous le disons haut et fort : trop c’est trop ! »

Alors, nous le disons haut et fort : trop c’est trop ! Pendant que nous commémorons cette année, à renfort d’événements, le 50ème anniversaire de la reconnaissance de la Chine communiste par le Général de Gaulle, nous taisons honteusement le 25ème anniversaire des massacres des étudiants démocrates de la place de Tiananmen, et plus encore les centaines de milliers de victimes de la répression, de la torture et d’assassinat politique depuis cette date.
Il est urgent que François Hollande fasse rapidement cesser ces pantalonnades qui ridiculisent l’image de notre pays.
Nous lui demandons instamment de prendre une initiative à l’échelle européenne pour établir les bases d’un véritable dialogue entre Pékin et ses minorités opprimés.

Nous lui demandons aussi de profiter de la tenue de la 7ème Convention mondiale des parlementaires sur le Tibet l’an prochain en France, pour recevoir officiellement le Dalaï Lama… Et redonner ainsi un peu de lustre au pays de la déclaration des droits de l’Homme.

lien : http://rue89.nouvelobs.com/2014/08/04/diplomatie-economique-france-chine-trop-cest-trop-254054