Les opinions française et allemande unies dans le soutien au Dalaï-Lama et la condamnation du non-respect des droits de l’Homme en Chine

Mercredi 26 mars 2014, par Communauté Tibétaine // Documentation

Mots-clés : Chine, Dalaï Lama, Démocratie, droits de l’homme, Opinion publique, TIbet

Publié le 25 mars 2014 dans Actions sans frontières
A la veille de l’arrivée en France du Président chinois Xi Jinping dans le cadre de sa tournée diplomatique dans quatre capitales européennes, l’enquête conduite à la mi mars 2014 par l’IFOP en France et en Allemagne, commanditée par l’ONG International Campaign for Tibet et publiée ce mardi 25 mars par le journal Libération, témoigne d’un très large soutien de l’opinion publique des deux principaux pays de l’Union européenne à la cause tibétaine et au combat pour les droits de l’Homme en Chine.

Elle souligne, une fois de plus, le décalage flagrant qui existe aujourd’hui entre les positions diplomatiques excessivement bienveillantes de la plupart des gouvernements européens à l’égard de Pékin et leurs opinions publiques nationales.
Le développement des échanges commerciaux entre l’Union européenne et la Chine – actuellement très largement au profit de cette dernière – est légitime dans la situation économique que connaît la France (76 % des Français souhaitent que François Hollande s’implique personnellement dans l’obtention de nouveaux contrats), mais il est illusoire de croire que la Chine ouvrira davantage ses frontières aux produits européens au seul prétexte que nous passerions sous silence les exactions commises par ce pays en matière de libertés publiques et de violations des droits de l’Homme.
Ainsi, 80 % des Français et 87 % des Allemands souhaitent que le Président Hollande et la Chancelière Merkel évoquent aussi ces question avec leur homologue chinois.

La montée en puissance de la Chine inquiète de plus en plus en France et en Allemagne et nos concitoyens sont partagés quant à un accroissement massif des investissements chinois dans les économies de nos deux pays.
L’image des actuels dirigeants chinois demeure d’ailleurs très majoritairement négative en France (63 % de mauvaises opinions) et en Allemagne (67 %). Certes, celle-ci s’est un peu améliorée depuis un an en France, passant de 24 % à 37 % de perception positive.

Dans de nombreux médias occidentaux, le nouveau président chinois désigné en mars 2013 est présenté comme potentiellement plus réformateur que ses prédécesseurs. S’il a certes promis une plus grande libéralisation des marchés, il demeure qu’aucun assouplissement à l’endroit des Tibétains, Ouïgours et autres minorités ethniques n’a été observée. C’est plutôt le contraire qui se produit !

Malgré certaines déclarations qui avaient laissé penser possible une certaine ouverture, aucune velléité d’engager un dialogue avec ces populations n’a été observée. Internet est de plus en plus verrouillé et les tensions avec les pays voisins de la Chine n’ont cessé de s’accroître au cours des derniers mois.
Concernant la situation au Tibet, près de 9 personnes sur 10, en France comme en Allemagne, jugent inacceptable la situation des droits de l’Homme dans la région.

De son côté, le Dalaï-Lama dispose d’une côte d’opinion exceptionnelle auprès des citoyens de nos deux pays (89 % d’image positive en France et 88 % en Allemagne). Sans conteste, le chef spirituel des Tibétains appartient au club très étroit des personnalités internationales les plus populaires. Une enquête réalisée très récemment par le magazine américain Fortune le plaçait en effet au 9ème rang des leaders mondiaux les plus influents de la planète.

Ce jugement est partagé dans toutes les catégories de la population et auprès des sympathisants de toutes les formations politiques. En France, et en dépit des déclarations souvent tonitruantes de Jean-Luc Mélenchon à son sujet, ce sont 76 % des proches du Front de Gauche qui témoignent d’une sympathie pour le lauréat du prix Nobel de la Paix en 1989 !
Pour les Allemands comme pour les Français, le Dalaï-Lama n’est pas une partie du problème, mais bel et bien une partie de la solution. 83 % des Français et des Allemands se déclarent favorables à ce que François Hollande, d’une part, et Angela Merkel, d’autre part, invitent prochainement le Dalaï-Lama en visite officielle dans nos deux pays.

La Chine fait face aujourd’hui à de nombreux problèmes liés à sa puissance grandissante (corruption, pollution, croissance en ralentissement…). Au sein de la population chinoise, l’exigence de liberté devient plus prégnante et la légitimité politique du Parti communiste est de plus en plus contestée. Dans un pays qui compte vraisemblablement entre 300 et 400 millions de bouddhistes, le Dalaï-Lama dispose d’une aura qui dépasse très largement la seule population tibétaine.
Le « tout répressif » du pouvoir actuel ne constitue pas une solution durable et la Chine, loin d’être une entité unifiée, est confrontée à un risque croissant d’implosion sociale et politique. Pour 90 % des Français et 92 % des Allemands, une rencontre en face à face entre le Dalaï-Lama et le Président Xi Jinping est souhaitable, voire très souhaitable, pour plus d’un tiers d’entre eux.

Il serait donc important que les diplomaties françaises et allemandes entendent le message de l’opinion et ne se préoccupent pas trop exclusivement des relations commerciales de nos pays avec la Chine, mais développent une véritable vision politique et géostratégique à l’endroit de ce pays.

Nos dirigeants doivent cesser d’être frileux lorsqu’il s’agit d’évoquer des questions aussi sensibles que celles des droits de l’Homme et du respect de la liberté des peuples avec des régimes de nature autoritaire ou autocratique.
L’exemple récent de l’Ukraine et de la Crimée souligne que la mansuétude de nos gouvernements à l’égard du pouvoir russe n’adoucit en rien les comportements arbitraires de ses détenteurs, mais au contraire conduit à les encourager et les enhardir dans leurs attitudes répressives et leurs actes agressifs.

En ces temps de tensions internationales, il y a plus que jamais urgence à ce que l’Europe se dote enfin d’une véritable politique étrangère commune plutôt que de laisser les intérêts économiques nationaux l’emporter sur l’intérêt général européen et le respect des principes fondamentaux de la démocratie.
André Gattolin
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