Le Parti communiste chinois jure de siniser les religions en Chine

Les remarques au Congrès poursuivent la campagne de l’an dernier pour forcer les religions à s’adapter à la société socialiste.

Charlotte Gao, 24 octobre 2017

Le Président chinois Xi Jinping a lancé une campagne pour renforcer l’emprise de la Chine sur la communauté religieuse depuis 2016. En toile de fond, le Département du front uni du travail (UFWD), l’organe du Parti communiste chinois (PCC) qui supervise entre autres les affaires religieuses, a juré de « siniser les religions » en Chine.

Le 20 octobre, en marge du 19ème congrès national du PCC, Zhang Yijiong, directeur exécutif adjoint de l’UFWD, a donné des détails sur la politique du PCC relative aux affaires religieuses depuis le 18ème congrès du Parti en 2012.

 

Zhang a dit que le PCC avait adhéré à l’objectif de « siniser les religions » en Chine et avait fait en sorte que les « valeurs fondamentales du socialisme » jouent un rôle déterminant dans la communauté religieuse. Ensuite, a ajouté Zhang, la Chine continuera à réprimer les actes tels qu’ « utiliser la religion pour porter atteinte à la sécurité nationale », « promouvoir l’extrémisme dans le but d’activités terroristes », et « mettre en danger l’unité nationale ».

Le monde universitaire, par le passé, avait tendance à utiliser le terme « sinisation » pour décrire l’adoption locale de religions importées d’ailleurs. Le bouddhisme en particulier s’est progressivement intégré à la culture chinoise à travers sa longue histoire et a finalement été reconnu comme une religion chinoise.

Cependant, le terme a pris un nouveau sens politique en 2016. En avril, Xi a été le premier président chinois depuis 10 ans à présider une conférence de travail sur les affaires religieuses nationales. La dernière fois qu’un président avait personnellement participé à une telle conférence était en 2001, quand le président de l’époque, Jiang Zemin, a décidé de réprimer les « cultes » après les l’immolation de la place Tiananmen, liée à Fanlun Gong. La participation de Xi à la conférence a relevé de manière significative l’importance des affaires religieuses dans l’agenda du PCC.

Pendant la conférence, Xi a exigé que la Chine « guide activement les religions pour qu’elles s’adaptent à la société socialiste. »
Xi a dit que la clé de la politique du PCC concernant les affaires religieuses était « la façon de guider », qui devait être « efficace, puissante, et proactive ». La jeunesse chinoise, en particulier, devait être guidée pour « croire en la science, étudier la science, diffuser la science, et avoir une bonne vision du monde ». Pour ce qui est des membres du PCC, ils devraient « être de fermes marxistes athées et ne jamais trouver leurs valeurs et croyances dans aucune religion » a ajouté Xi.

A l’occasion de la même conférence, l’un des dirigeants du PCC, Yu Zhengsheng, qui supervise directement l’UFWD, a précisé que tous les officiels locaux pour les affaires religieuses devraient « appréhender et adhérer profondément » aux objectifs de « sinisation des religions » en Chine, afin que les religions s’adaptent à la société socialiste.

La conférence de travail 2016 a été largement vue comme le point de départ d’une nouvelle campagne du PCC pour renforcer l’emprise sur la communauté religieuse. La politique a soulevé une vague de critiques à l’étranger. Un think-tank affilié au gouvernement tibétain en exil a notamment tancé le gouvernement chinois pour « mener un anéantissement systématique de l’héritage culturel du Tibet, par la destruction du bouddhisme tibétain et des traditions religieuses. »

En réponse, Zhang a cette fois expliqué expressément les mesures du PCC relatives à la « sinisation du bouddhisme tibétain » :
Le bouddhisme tibétain, né dans notre Chine ancienne, est une religion avec des caractéristiques chinoises. Il est vrai que le bouddhisme tibétain naissant a reçu l’influence de pays bouddhistes voisins, mais il s’est adapté à la réalité locale et a fondé sa propre doctrine et ses rituels, uniques, ce qui est en soi un modèle de sinisation… Nous guidons activement le bouddhisme tibétain dans la direction de la sinisation dans l’espoir que le bouddhisme tibétain incorpore ensuite la substance de l’excellente culture chinoise.

Qui plus est, Zhang n’a pas oublié de mettre à nouveau l’accent sur la ferme position chinoise à l’encontre du Dalai Lama et du gouvernement tibétain en exil. Il a ensuite averti les gouvernements du monde entier afin qu’ils « parlent et agissent avec prudence et apportent leur totale considération à leur amitié avec la Chine, et qu’ils respectent la souveraineté chinoise » lorsqu’ils envisagent de rencontrer le Dalai Lama.

Il faut par ailleurs noter que Zhang a été un haut officiel de la Région autonome du Tibet pendant quatre ans, de 2006 à 2010.